6 juin 2000
Dans la nuit du 6 au 7 juin 2000 a eu lieu un crime épouvantable. Le matin du mercredi 7 juin, Chiavenna s’est réveillée bouleversée : « On a tué une Sœur ! Elle est par terre, à la rue Poiatengo, dans une mare de sang… »
La nouvelle court à travers les rues, arrive dans les maisons ; le désarroi est tangible : « Non, ce n’est pas vrai ! »
Elle se répand dans toute la vallée par la voie des airs, arrive à la vitesse de l’éclair par delà les Océans.
« Nous avons entendu… est-ce bien vrai ? Qui est cette Sœur ? Qui a pu faire cela ? Comment est-ce arrivé ? » Les agences de presse s’affolent, les téléphones sonnent sans arrêt, les photographes, les reporters, les journalistes s’immiscent dans tous les coins : ils veulent savoir, ils veulent informer.
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Et la Sœur est toujours là, par terre, recouverte d’un simple drap ; son sang a coulé et a pénétré la terre. C’est seulement l’après-midi qu’on la transportera à la morgue ; c’est là que ses parents et ses Sœurs pourront la voir.
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Quel acharnement sur son corps ! Le visage est affreusement défiguré, tuméfié, boursouflé… partout des blessures bien visibles, comme un agneau égorgé !
Pourtant, sur ce visage, c’est son expression de paix habituelle. Qui peut s’être tellement acharné sur une personne si fragile, si simple, si humble, si bonne ? Pourquoi ?
Le travail de recherches est minutieux, rapide et effectué sur un rayon important. Hypothèses, interrogatoires, interceptions des messages téléphoniques… Un monstre ? Un délinquant ? « certainement un étranger au pays » répètent, hébétés, les habitants de Chiavenna.
Mais pourquoi ?
Une de ses Sœurs, qui la connaît bien, répond aussitôt à cette question.
« Le pourquoi je le sais. Parce que tu étais donnée pleinement au Christ et à tes frères comme le demande l’engagement de notre profession de vie religieuse. Il n’y a pas d’autre réponse.
L’amour ne connaît pas d’autre loi que celle de donner sa vie. » (In semplicità, p.12)
Chiavenna est littéralement assommée par la clameur d’une notoriété dont elle se serait bien passée. Elle préférerait le silence pour pouvoir pleurer et prier. Tout le monde se sent emporté par une réalité tragique qui, non seulement meurtrit mais fait carrément perdre la raison.
Quand la dépouille est rendue à la Communauté religieuse de Chiavenna, toute la ville, en silence, défile devant le cercueil fermé pour le voir, le toucher et pleurer…
Le vendredi 9 juin, les obsèques sont un véritable triomphe tant est grande la participation émue de très nombreuses personnes.